« Le prix des diamants de très belle qualité n'a pas baissé »

Pour le président de Christie's Europe, les pierres précieuses sont devenues des éléments d'un patrimoine.

Dans quelques jours se tiendront à Genève, New York et Hong Kong les grandes ventes de bijoux d'automne. Le 21 octobre, François Curiel, président de Christie's Europe, tiendra le marteau de Christie's à New York pour une vente au cours de laquelle le fameux diamant de 32,01 carats de la famille Annenberg (estimé de 3 à 5 millions de dollars) sera proposé. Avant de s'envoler pour ce grand rendez-vous, il a répondu à nos questions.

Le Figaro Magazine - Comment abordez-vous cette vente ?

François Curiel - Plutôt sereinement. J'étais inquiet au début de l'année et je dois vous avouer que j'avais assez mal dormi la nuit précédant la première grande vente du printemps. Mais le marché du diamant est extrêmement résistant. Les prix des pierres rares de grande qualité n'ont pratiquement pas varié en un an, elles se vendent quasiment au même niveau qu'au sommet du marché, au printemps 2008. En décembre 2008, le fameux diamant bleu Wittelsbach de 35,36 carats a été acheté à la surprise générale 24,3 millions de dollars, un record mondial pour une pierre. Et, alors que la crise financière battait son plein, les ventes de Genève et Hong Kong, elles aussi, se sont bien déroulées. Tout cela en grande partie grâce aux collectionneurs russes, chinois et moyen-orientaux, et au retour d'acheteurs traditionnels européens et américains.

Le marché évolue pourtant à plusieurs vitesses.

C'est vrai. Dans les ventes aux enchères, les résultats obtenus par des pierres de moindre qualité sont redescendus à leur niveau de 2006-2007. Pour les acheteurs qui veulent investir quelques milliers d'euros, il est possible actuellement de faire de bonnes affaires. Ce qui frappe, c'est aussi le manque de diamants de qualité sur le marché. Les propriétaires de bijoux préfèrent probablement les conserver, pensant que le marché sera plus porteur dans un an ou deux. Le krach boursier n'a pas entraîné un volume beaucoup plus élevé de ventes. L'affaire Madoff a certes drainé des pièces vers les maisons de vente, mais cela reste marginal. Globalement, au premier semestre, le chiffre des ventes aux enchères de bijoux a ainsi chuté de 50 % par rapport au premier semestre 2008. C'est un phénomène difficile à expliquer, sauf par le fait que les collectionneurs préfèrent conserver leurs biens sous forme de pierres et de bijoux, plutôt qu'en argent liquide.

Les pierres sont-elles des éléments de diversification d'un patrimoine ?

Pendant longtemps, on achetait bijoux et pierres précieuses avant tout pour faire un cadeau à un être aimé. Comme les objets d'art, ils ne rapportent rien et peuvent s'avérer coûteux à conserver (assurance, restauration...). Aussi, n'étaient-ils pas considérés comme des placements car, contrairement aux actions et aux obligations, leur marché n'était pas liquide. Ajoutez à cela un phénomène de mode et peu de conseillers financiers recommandaient ce type de placements. Depuis quelques années, le marché est global, et l'arrivée de nouveaux acheteurs issus des pays émergents a bouleversé les raisonnements. Aujourd'hui, les bijoux, les pierres comme les objets d'art sont considérés comme des éléments d'un patrimoine. Beaucoup de chefs de famille prévoyants consacrent 10 à 15 % de leurs avoirs financiers à des objets d'art ou à des bijoux.

Quels conseils donner à un investisseur ?

Il est difficile de conseiller quelqu'un dans l'absolu et de l'orienter vers tel ou tel bijou. Il faut parcourir les expositions, aiguiser son œil, interroger les experts, parler avec les joailliers et préparer son achat. Ce qui fait le prix d'un diamant, c'est un délicat cocktail entre sa valeur intrinsèque - couleur, pureté, poids et taille - et aussi sa provenance. Pour la petite histoire, notre estimation de 3 millions de dollars pour le diamant Annenberg de 30 carats ne tient pas compte de sa provenance. C'est l'acheteur et les sous-enchérisseurs qui vont décider de la valeur ajoutée par le nom Annenberg.

Jean-Bernard Litzler et Carole Papazian

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